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May 14 MATERGIVERSATIONSAprsè une année de travail, le 9 juin au Théatre de la Commune à Aubervilliers, "Matergiversations" voit le jour...
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June 05 Rome ne s'est pas construite en un jourUn courrier reçu en commentaire de mon journal de bord marocain suscite en moi bien des questionnements... "La peur de penser a balayé depuis longtemps le souvenir des savants et des philosophes..." écrit le blogueur. En écrivant ces lignes, je pense à une jeune femme marocaine avec laquelle j'ai l'occasion de discuter. Je ne crois pas qu'elle ait peur. Je crois plutôt qu'elle est réaliste. La liberté d'expression est chose nouvelle au Maroc...et Rome ne s'est pas construite en un jour. Acceptons, au chaud de notre occident, humblement,dans le respect de la dignité humaine: l'altérité... identitaire, géo-politique et spacio-temporelle...relativisme culturel. ... Un homme pressé est un homme mort dit un proverbe marocain... May 31 JOURNAL DE BORD MAROC AVRIL 200522 avril
« Une de ces impressions des jours d’arrivée, comme on n’en a déjà plus les lendemains, quand la faculté de comparer s’est émoussée au contact des choses nouvelles. » Pierre Loti
Tableaux impressionnistes de jour d’arrivée. Vendredi, jour chômé. Ça et là, sur la route reliant l’aéroport à l’hôtel, des groupes de femmes, assises au pieds des oliviers, et leurs enfants, jouant dans les champs d’asphodèles et de coquelicots. Plus loin, les hommes sont couchés à même le sol, dans la poussière des bas côtés, devisant, ou méditant solitaires. Il y a quelque chose d’Un déjeuner sur l’herbe, et du temps des canotiers dans l’impression laissée par ce trajet. Quel regard Renoir et Monet auraient-ils porté sur le « Moghreb » ?
Pour mémoire : les courgettes au cumin… et j’entends siffler le train. 23 avril 2005
« La vieille ville étrange (…) découpe sa silhouette dentelée » « Tout cela a la grandeur du XVème siècle, sa rudesse et sa naïveté sombre » Pierre Loti
Si la particularité animale de Paris tient à ses pigeons, et celle de Sousse à ses chats, Fez se distingue par sa prolifique colonie d’ânes (que nous surnommerons ici balak ). Véritables factotum fassis, le balak sert à tout : balak à ordure, balak à télé, balak à coca, balak à légumes, balak à échelle… Son autre particularité est de débouler, sans crier gare (balaaaaaak) du coin d’une ruelle étroite[1].
La médina de Fez… opulente jadis, aujourd’hui pour une part désolée. Il me tarde de lire les descriptions qu’en fit Loti au siècle dernier, pour habiller d’éclat les vestiges de cette ville au charme mystérieux. Car malgré tout, Fez intime la certitude au voyageur qu’un secret se cache derrière ses murs de salpêtre, et ses portes abîmées. L’âme d’une ville d’artisans, d’intellectuels et d’artistes, qui ont, au millénaire dernier ouvert les yeux de leurs émules occidentaux, patauds. Tandis que nous pensions roman, simples voûtes ogivales, ici, déjà, art et géométrie paraient de mosaïques, de zelliges et de tadelakt les murs des mosquées et palais…
Fez, ville où le faste passé côtoie la misère d’aujourd’hui…. Simples regards, jetés, instantanés : 1 million d’habitants, et 50% de la population a moins de 25 ans. A la sortie d’un collège, foule jouant dans la poussière et les ruines. Le long des rues, des voies, des chemins de fer, métiers des rues : des laveurs de carreaux, des cireurs de chaussures, et puis partout, les mendiants, femmes pour la plupart, assises à l’ombre des ruelles, la main tendue. Des enfants aussi, accompagnant le touriste un bout de chemin, dans l’espoir d’un dirham, et que commerçant et policiers éloignent véhément de leur terrasse, ou de leur périmètre.
Que font ces hommes, assis au pied des oliviers sur les routes bordant la ville ? Qu’attendent-ils ? A quoi pensent-ils ?
Midi. Des minarets de la ville s’élève l’appel à la prière. Invocation saisissante que ces « Allah Akbar » se répondant, comme en écho… Dans les rues de la ville, pourtant, rien ne s’arrête.
Plus loin, un peu plus tard, dans un champ, un homme a délaissé son sillon quelques instants, déposé un tapis, et tourné vers la Mecque, à genoux, seul, prie.
Loti le remarquait il y a cent ans : il y a quelque chose d’inchangé, de minéralement millénaire dans cette ville. Est-ce qui fait son charme aux yeux des occidentaux pétris de progrès parfois mal maîtrisé que nous sommes ?
Près de notre hôtel, un Mac Donald, bastion bushiste en terre d’Islam. Ce soir, il y a attroupement. Jamais en France je n’ai vu foule aussi dense devant les portes d’un Mac Do !
Pour mémoire : le repas du midi, au « Restaurant des jeunes », me faisant dire que j’ai passé l’âge de me prendre pour une « djeun ». Le chauffeur de taxi, aimant Jacques Brel et Mireille Matthieu. Le restaurateur nous demandant : « C’est vrai, il n’y a pas d’ânes dans les rues en France ? ». Les aubergines au cumin ( !). La famille Le Quesnoy au bord de la piscine. Et nos suppositions sur un trio étrange.
24 avril 2005
« Ces voix qui psalmaudiaient en mineur du haut des minarets » Pierre Loti
Parfums, arômes… de la cannelle à la coriandre, de la menthe à la fleur d’oranger, saisissants, enivrants. Senteurs, poignantes. En traversant le souk arabe[2] ; aux étals des bouchers : langues, panses et têtes mêlées des moutons. Odeur de sang ; et puis plus loin la laine, et puis les peaux, tannées (je comprends mieux aujourd’hui le sens du mot mouffetard !) Partout, mêlés, ce même raffinement au dénuement subtil, côtoyant des couleurs plus violentes. Le blanc d’un mausolée, solitaire, s’élevant au milieu d’un cimetière, et puis le stuc des palais plus massifs… La beauté du visage de cette petite fille… assise devant un tas de haricots… mendiant.
Et soudain me reviennent en mémoire le visage de Monsieur I., de Batna, logeant dans un foyer de travailleurs migrants du Bourget, et celui de Monsieur H, algérien lui aussi. Je m’inquiétais souvent de leur vie frustre, de ce qui me semblait être une extrême pauvreté… et cette façon de dire « Au beaux jours, je rentre au pays »… Aujourd’hui, je comprends mieux… Je comprends mieux, aussi, ce qui se cache dans le lointain de leur regard, confinant tantôt la sagesse, tantôt la tristesse… mémoire d’immigré…
Souvent, dans les rues, des jeunes filles, ou jeunes garçons, au bras de vieillards, les guidant au travers de la médina.
Le garçon qui nous sert de guide dans le labyrinthique quartier des tanneurs (et à qui K. donnera de quoi nourrir sa famille et celle de ses copains pour au moins dix jours !) : « Les ânes, c’est les taxis de la médina.» Un chauffeur de taxi ayant vécu 27 ans à Lille, rentré au bled pour la retraite.
Un jeune garçon, nous disant fièrement ce qu’il connaît de la France : Toulouse, Zebda… et me sentir complice…
Un homme dans Fez el Djedid : « Barbes, c’est comme ici »… et c’est vrai que c’est un peu comme ici… peut être est-ce aussi pour cela que j’aime mon quartier.
Pour mémoire : le restaurant « Le palais des mérénides », son évier de mosaïque bleue, son ocre tadelakt, son service délicat. Instant intemporel.
Loin de la ville, à la terrasse de l’hôtel, surplombant la médina, loin des effluves, loin de la foule, les muscles endoloris, la contempler de loin.
Constat sociologique. D’ordinaire, me semble-t-il dans les villes de la vieille Europe, les centres-villes, généralement historiques, et savamment restaurés sont habités par les gens riches. Les villes nouvelles, banlieues et faux bourgs, sont l’apanage des couches sociales moins aisées. Ici, il n’en est rien. C’est au contraire la vieille ville qui abrite pauvreté et misère. La nouvelle ville, elle, occidentalisée concentre le reste de la population. Je ne sais combien de Fassis logent à Fez et Djedid et Fez et Bali, mais je pressens que c’est à cette densité de population que se dessine la ligne du Tiers Monde.
A la lecture de Loti, je réalise à quel point, contrairement à ma première impression, Fez a changé en un siècle. Est-ce le regard différent qu’Islam et Occident se portent aujourd’hui ? Je ne peux que constater que malgré mon émerveillement quotidien et mes sens aux aguets, je n’éprouve pas le même sentiment de « joie simple » qu’en Tunisie. Et pourtant, nous le constatons à chaque coin de rue, la gentillesse marocaine n’a rien à envie à l’accueil plus agressif des Soussiens. Ici, le tourisme n’est pas un luxe dont on s’enorgueillit. Ici le tourisme fait vivre. Pour la première fois de mon existence, je ressens avec force le fait d’être « d’Europe »… d’un ailleurs où malgré tout, le progrès profite à presque tous. Ici, 20% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Et je soupçonne une répartition des richesses de faible amplitude… Et tout ce que nous ne verrons pas, dans les villages des campagnes, et de l’Atlas… Et tout ce qui ne se dit pas du régime politique. Réminiscence d’une discussion avec une jeune femme homosexuelle de Rabat. 25 avril 2005
« Le frisson des choses très mystérieuses » Pierre Loti
« Balak Balak ! Touristes ! » Tel est sans doute le cri qui aujourd’hui devait nous précéder dans les veinules de la cité. Et pourtant… il y a un charme indicible, presque naïf à se laisser guider dans les rues de la ville, à pénétrer les arrières cours, et l’âme des maisons. Plaisir tabou, plaisir voyeur ? Non… simple plaisir de l’étranger, cherchant, ethnologue, à comprendre comment on vit ici. Plaisir des rencontres, plaisir de l’échange.
Il n’empêche que… l’homme à qui j’avais donné ma parole il y a deux jours de visiter dans la semaine son atelier nous mena aujourd’hui dans son antre herboristique… Se drapant pour la scène d’une blouse de pharmacien lui donnant l’air d’une élève de 3ème en TP de chimie, et après nous avoir assises face à lui sur un banc mal assuré… sur un ton se voulant doctoral, il entonna la litanie rika zaraïesque des bienfaits des plantes et des onguents, nous les faisant sentir jusqu’à l’écoeurement. Eclats de rire que nous tentons de réprimer : « Vous avez l’anis noir contre les ronflements, et puis aussi la fleur de crocus : plus que c’est vieux, plus que c’est mieux. » Notre apothicaire, ersatz de médecin malgré lui s’en ira retrouver à pas de course la rue, vexé et moins amène que jusque lors devant notre refus de nous défaire de quelques dirhams, ou d’acheter au commerçant pour lequel il vend l’article « avec brio » quelque huile essentielle, du cumin contre la chiasse, ou des racines de ginseng pour l’érection.
Thé à la menthe, et menthe poivrée. Maroc, perpétuelle exaltation des sens… parfois, le disais-je hier jusqu’à l’écoeurement… parfois aussi, esquisse de plaisir qu’on se surprend à voir porté jusqu’à son paroxysme…. Comment dans cet Orient oublier…
Nous avons aujourd’hui découvert un café qui sans doute nous tiendra lieu désormais de havre, au même titre que la terrasse de Sousse (néanmoins sans le charme du maître d’hôte dont le visage ne me quitte pas). Ce midi, au premier étage de la terrasse, un homme seul, le visage baroudeur, la plume appliquement plongée dans un carnet de molesquine… Complice.
Plus tard, alors que nous venons rechercher nos poufs (et la djellaba des 7 nains de K. !), se laisser aller à la menthe poivrée, et à la surprise de partager musique avec le cuisinier. Gnawa, Zebda, Ali Farka Touré, Salif Keita. Il nous vendra pour 40 dirhams des CD « Compilation arabesque », sans doute téléchargés sur internet. Mais qu’importe, j’ai aimé cet instant, communion, au-delà de nos cultures et de nos langues. Et puis, certains de ces morceaux, inconnus me charmaient, et je m’imagine déjà triomphale, les faire découvrir à Xav !
Le vendeur de babouches, peu soucieux de vendre ses chaussures m’explique avec fierté qu’il est allé en France, à Bondy pour être interviewée par RFI. Il compose du jazz arabe. Il essaie de vendre ses morceaux, ses ambiances, aux hammams, saunas, cafés, mais m’explique qu’il y parvient mieux en Espagne, tant les impératifs artistiques français sont ambitieux et coûteux (qualité des enregistrements nécessitant de louer des studios professionnels). Il me fera écouter son jazz en me parlant des gens qui en l’écoutant dans les soirées prennent des cachets pour « l’énergie du cœur » (extasy)… La rue écrasée sous un soleil de plomb résonne des accents de oud mêlés de trompette et d’un riff de guitare rendu à César. Il me parlera encore, longtemps, avec un soupçon de regret dans la voix. Rêve-t-il d’être né, ou d’aller vivre de l’autre côté d’ici, dans cet El dorado devenu désormais deuxième pays d’adoption de Zidane, tant adulé ici ? Espagne… Real de Madrid. Dans les rues de la vieille ville, une petite échoppe. Il faut baisser la tête pour y entrer. A l’intérieur (mais peut on parler d’intérieur tant elle n’est que façade) un baby foot occupant tout l’espace, et une large tenture, au plafond, aux couleurs du Real.
Partout la gentillesse : sourires, « bonjour », « ça va ? », « bienvenue » dont il est flagrant qu’ils ne sont pas tous uniquement commerçants. Et puis l’humour : ce vendeur, sans souci de vente me présentant ses « babouches climatisées » (sandales !). Après mon passage, il se rallongera à même le sol, dans son échoppe, sur une couverture de laine morte ( !), et éteindra la lumière allumée à mon attention. Comment vivent-ils ? Le commerce au touriste naïf ne marchandant pas toujours est-il si prospère ? J’ai croisé si peu de touristes en 4 jours.
Parfois, la médina me fait l’effet d’une cour des miracles. Mendiants, hommes ou femmes estropiés. Regards hagards, burnous loqueteux. C’est cette misère là qui sans doute ne me fera plus jamais porter le même regard « soleil » en entendant autour de moi « je pars en vacances au Maroc ». Les petits taxis rouges, essentiellement des Fiat. Il en existe un nombre incalculable. Ces petites coccinelles sillonnent les rues, occupent les ronds points et se faufilent. Contrairement à la France, où le taxi est un luxe, les petits rouges semblent être ici à la portée d’une bonne partie de la population. Pour 10 dirhams (1 euro), ils parcourent la ville. Qu’en est il du réseau de transport en commun ? J’ai vu jusque lors peu de bus, tous bondés.
Loti évoquait il y a un siècle la présence d’hommes rappelant la présence toute proche de « l’autre Afrique » : Soudan. J’ai pu éprouver parfois cette même sensation. Tout ceci vient, fugacement rappeler qu’il existe d’autres immigrations que la nôtre, d’autres misères que celles qui jouxtent nos frontières.
Un peu moins sur notre réserve, nous nous sommes davantage laissées allées à la rencontre des marocains. Laissées séduire, dans les 2 sens du terme[3] ! Les rencontres marquantes de ce jour ne tiennent qu’à cela… un peu moins en surface. Cependant, comme toujours dans le Maghreb traditionnel, il est à noter que c’est aux hommes que nous avons à faire. La femme, elle, est « de l’intérieur », même croisée dans les veinules du souk, vaquant à l’apprêt de la maison[4].
Pour mémoire : arrêter de commander du poulet, je le trouve sec et dégueulasse ! Le speech érudit (type BTS force de vente) du vendeur du Palais Berbère, son thé à la menthe, et puis son rabatteur (« c’est pas loin »). Le « distributeur à change », merveille technologique à quelques encablures de la misère de la vieille ville. 26 avril 2005
« Au Maroc, il ne faut pas s’inquiéter de l’extérieur des habitations, les entrées les plus misérables mènent parfois à des palais de fées » Pierre Loti
Meknès Retrouver les couleurs de Tunisie, et d’autres encore… plus surprenantes... le chaud de l’ocre, la terre de Sienne, le mauve suranné, et le rose vieilli. Ville restaurée, mieux conservée que Fez. Envie commune d’y retourner demain. Dans le train, trajet du retour avec un couple de québécois baroudeurs, et un couple de marocains, intellectuels délicats, devisant. Choc des cultures, se disant, avec la naïveté propre aux Québécois, et la nuance millénaire de l’intellectuel fassi.
Charmée. Charme des voyages, des curiosités, des audaces.
Sentiment d’insatiable envie de voir, de comprendre, de découvrir, d’user la terre et le pavé, mille fois foulés, jusqu’à tomber de fatigue… feeling addiction !
27 avril 2005
« Dans le dédale noir apparaît une clarté blanche, elle sort d’une grande porte ogivale ( …) et nous passons le plus lentement possible pour mieux voir (…). Elle peut contenir vingt mille personnes, elle est profonde comme une ville. Depuis des siècles on y entasse des richesses de toutes sortes, et il s(y passe des choses absolument mystérieuses. Par la grande porte ogivale, nous apercevons des lointains indéfinis de colonnes et d’arcades, d’une forme exquise, fouillées, sculptées (...). Tout est d’une neigeuse blancheur, qui répand un rayonnement jusque dans la pénombre des longs couloirs[5] (…). Nous n’osons pas nous parler, ni nous arrêter, ni même regarder trop longuement (…) Extérieurement, on n’en voit rien, que de hautes murailles noires, dégradées, croulantes, contre lesquelles s’appuient les maisons centenaires d’alentour (…). Le sanctuaire nous envoie un instant sa lueur blanche. Sans doute nous reviendrons souvent à Karaouïn pendant notre séjour à Fez, mais je ne crois pas que nous en ayons jamais une impression plus profonde qu’après ce premier coup d’œil jeté furtivement un jour où c’est défendu »
Pierre Loti
Journée de décompensation… journée emplettes Beau fixe, et rien à dire, si ce n’est que nous écopons de « zoulies » théières faussement rutilantes (k.) ou vieillies (a.)… mais le vendeur était charmant ! … Et je passe sur l’épisode du marchandage de sac en peau de zobby, merveilleusement teints, et prêts à déteindre aussitôt sur toute chemise ou paluche s’en approchant… et le tout pour la modique somme de 36 chameaux… K a bien fait d’en prendre 2 ! Chauffeur de taxi, diplômé en chimie, dans une fac française, rentré au Maroc après quelques années de travail au Maroc, n’arrivant pas à trouver de travail dans sa branche, il a préféré rentrer au pays construire sa maison, et sillonner la ville à bord de sa fiat. Son premier fils vient de naître : « A quoi bon aller en France, vivre en HLM, ne rien faire, parce que sans argent, et sans la langue. Ici, j’ai construit ma maison, mon fils vient de naître, et ma femme qui ne parle pas français a bon poste. Ici, on a des loisirs, et on a le temps. » Cet homme ne nous dira rien de ce qui fut peut être un renoncement : sa compétence professionnelle…. Mais après tout, avons-nous, de chaque côté de la méditerranée les mêmes aspirations en terme de réalisation de soi et de bonheur ? Regard emprunt d’un enfantin relativisme culturel ? … Regard emprunt de paroles, photos, et scènes de vie engrangées… à méditer… Cet homme nous dira aussi ce qu’exprime autrement un proverbe marocain, et qui est me semble-t-il si difficile à comprendre pour un citadins français : « Un homme pressé est un homme mort » A les regarder vivre, pourtant on perçoit toute la plénitude d’un rapport au temps différent.
Le soir, apéro à l’hôtel du Palais des Mérénides, hôtel de luxe, avec vue imprenable sur la médina… et l’appel du muezzin… Sentiment d’être hors du monde quelques heures, dominant la ville, rêver à d’autres voyages, d’autres orients… Marrakech, le désert, et puis… retour à Sousse… 28 avril 2005
« Nous circulons dans un dédale de petits couloirs qui tournent perpétuellement sur eux-mêmes (…) et dans le labyrinthe de ces couloirs, il y a à peine, de loin en loin, quelques petites ouvertures, verrouillées et grillées. » Pierre Loti
Meknès
Moment rare. Sur le pas d’une porte, une femme nous regarde photographier un robinet. Elle rit. « Ils sont fous ces étrangers » semble-t-elle nous dire, de concert avec les jeunes gens qui souvent nous apostropheront d’un : « c’est fermé » alors que nous nous perdons avec délice dans les rues du quartier arabe, loin des parcours touristiques menant de mosquées en bibliothèques, de medersas en universités, de souk en achats. Nous tenterons de leur expliquer, souvent en vain, que ce qui nous touche, c’est de prendre le pouls de la ville, de se perdre en surprise des sens… sans velléité compulsivement holistique… et sans âme. Mais après tout, que dirions-nous à un touriste étranger errant dans le quartier de la gare à Caen, ou porte d’Italie ?
Pour mémoire : le Riad Baya, instant de suspens, trêve… l’envie d’y revenir, autrement. Le bon rosé et l’horrible discussion de l’apéritif au palais Jamaï… à 250 dirhams !
29 avril 2005
« La vie de ceux qui y sont nés nous paraît moins misérable que la nôtre et moins faussée » Pierre Loti
Dernier bain d’orient, au matin, avant de retrouver Paris ce soir… dernier appel à la prière, et dernier thé. Dernier balak aussi !
Je reviens de plusieurs voyages… voyages extrêmes. Je reviens de ces voyages, éblouie, questionnée… meurtrie aussi… mais fondamentalement inchangée, et c’est tant mieux… c’est la rencontre de l’autre, l’expérience de la différence qui me nourrit… Je ne peux voyager, découvrir, sans tenter de comprendre, sans établir de connexions sociétales relativistes… et critiques, sans désir aussi, impressionniste de ressentir, intelligence des sens…
Au-delà de la griserie de l’ailleurs, dont l’appel est parfois fort, et qui nous aura réunies K et moi, c’est bien la rencontre de l’autre et sa compréhension, qui me motivent… tant dans ma vie privée que dans mon travail…
Aujourd’hui, j’ai l’envie tenace d’autres voyages, autrement… échanges pluriels et respectueux.
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